Christophe Luquiau, oiseau de nuit : “Post Vitam”

Posté le 15 décembre 2009, dans la rubrique INTERVIEWS

 Christophe LUQUIAU, « Post Vitam », roman

paru chez TheBookEdition, Décembre 2009, 10€

Christophe Luquiau est un guetteur. Un chasseur de papillons de nuit. Un rêveur éveillé qui écrit des mots tendres et sauvages. TBE a eu envie de vous l’amener brièvement à la lumière, le temps qu’il laisse entrevoir la profondeur de son âme et la clarté des ses rêves. Christophe Luquiau vole et se cogne aux portes et fenêtres de la vie et il écrit, l’air de rien, nos angoisses et nos espérances.

Post Vitam est un livre  marquant, bien écrit, profond. Parce qu’il n’est pas formaté pour plaire, mais pour être vrai, ce livre est chez TheBookEdition, et nous en remercions Christophe, même s’il ne fait aucun doute que sa plume va finir par taper dans l’oeil d’un éditeur. Quoi qu’il en dise.

  Christophe Luquiau, bonjour ! Merci de répondre aux questions de TheBookEdition. Pouvez-vous tout d’abord vous présenter en quelques mots ? Êtes-vous un jeune homme sombre et romantique ? Un grand tourmenté ? Vivez-vous la nuit ? Volez-vous d’arbre en arbre? Croyez-vous au Père Noël ?

 Plus vraiment jeune hélas, je ne suis pas non plus particulièrement sombre. En général les gens qui me connaissent bien me trouvent même plutôt drôle ; ceux qui me connaissent vraiment, un peu moins. Bien que très aguerri à l’introspection, comme tous les grands timides, j’ai encore beaucoup de mal à me comprendre. Mon visible intérêt pour la mort, par exemple, ne laisse pas de me surprendre. Si au  quotidien je n’y pense pas tant que ça, sauf lorsque j’y suis contraint, je dois me rendre à l’évidence que dans mes différents projets c’est un sujet qui revient souvent. C’est grave docteur ? Je ne me décrirais pas comme tourmenté, pourtant la crainte de perdre ceux que j’aime est quelque chose qui me terrorise silencieusement et je sens qu’il ne me faudrait pas creuser très profond dans mon pas-très-conscient pour que je devienne carrément dépressif.
Je me garde donc bien d’y faire des forages même si vos questions tendent à m’y pousser.

Vous devez être très psychologue, car j’ai effectivement un goût particulier pour la nuit. J’aime ce moment où la foule s’est endormie et où les quelques âmes encore éveillées sont recouvertes d’un même toit stellaire. La protection qu’offre l’obscurité convient bien à ma parano, je m’y sens moins exposé. Si je ne sors pas excessivement la nuit, je me couche tout de même très souvent tard. J’ai pris conscience il y a peu, avec le décès douloureux de mon père, que je ne me couche sans doute que quand je sens que la fatigue est assez grande pour m’épargner toutes fouilles introspectives. En définitive je m’aime bien mais me fréquente aussi peu que possible en tête à tête.

Quant au Père Noël j’attends qu’il me prouve lui même qu’il n’existe pas, c’est la moindre des choses me semble-t-il.

  « Post Vitam » se présente sous une forme inhabituelle, puisqu’un fac simile de journal intime dramatique d’un enfant des années 1950/55 s’intercale entre les chapitres du roman. Vous aviez publié ce journal seul sur votre blog. Quelqu’un a-t-il reconnu l’auteur de ce journal ?  La présence de ce journal est-elle indispensable à la compréhension du roman lui-même ? Ce journal est-il réel ou imaginaire ? Vous a-t-il mis sur les rails de l’écriture ?

En réalité ce journal est bien postérieur au reste du roman constitué au départ uniquement des chapitres. Le but initial était de faire connaître mon  roman sur la Toile en utilisant le journal intime d’un des personnages comme objet d’intrigue. En fait de buzz c’est une légère brise qui souffle sur ce blog, mais le journal est là. Ensuite en intercaler des pages entre les chapitres me semblait intéressant. J’aime l’idée de ces deux lectures parallèles sans liens apparents, à moins que… Je voudrais que la fin de la lecture du journal éclaire les choses sous un autre jour : les choses ne sont jamais si simples, rien n’est tout noir ou tout blanc. A chacun sa part d’humanité et de monstruosité, les circonstances font le reste.

C’est amusant car j’ai pas mal de commentaires de personnes qui me donnent des conseils pour retrouver l’auteur de ces lettres ou pour s’attrister du sort de ces pauvres gosses. C’est plus fort que moi, à chaque fois je les rassure, je suis un très mauvais faussaire.

  Vous explorez le no man’s land entre la vie et la mort. Vos personnages semblent avoir encore à faire sur terre avant d’être autorisés à la quitter. Un peu comme dans Code quantum… Est-ce votre vision du purgatoire ? Pensez-vous que chaque mort a un responsable ? Et Dieu dans tout ça ?

J’aime beaucoup le mythe du fantôme et de son âme trop lourde pour le dernier envol, mais je n’y crois pas vraiment. Je pense cependant que ceux qui nous quittent ne le font pas tout à fait ni définitivement. J’ai une vision assez simpliste de la « vie d’après » : une sorte de paradis pour tous que la mort nous propose en guise de réveil. Pour moi la vie n’est qu’une série d’expériences censées nous préparer à la suite. Aussi éprouvante qu’elle puisse être, j’imagine qu’on s’en réveille comme d’un bon ou d’un mauvais rêve : « Ouf ce n’était donc pas si réel ! ». Plutôt déiste, je conçois tout de même Dieu comme un être tout à fait bienfaisant et paternel, qui n’intervient pas beaucoup dans nos affaires qu’il sait plus virtuelles qu’on ne les perçoit. C’est sans doute un peu délirant mais quelle opinion ne l’est pas dans ce domaine. Je me régale des longues et inutiles conversations autour de l’existence de Dieu, du sens de la vie et du résultat du tiercé œuf-poule-omelette. Une de mes grandes fiertés est d’avoir, au cours de l’une d’elles, fini par convaincre l’ami le plus rationaliste que j’ai, de la possibilité de cette existence.

A chacun son chemin expiatoire, mais votre livre sensible et à fleur de peau est également une enquête policière entre chiens et loups. Entre le ciel et la terre, votre marelle sanglante laisse une place à l’amour. Avez-vous des maîtres en matière de littérature ? Des sources d’inspiration ?

Je crois être un lecteur plutôt médiocre. J’ai avant tout besoin qu’on me raconte des histoires et qu’on excite mon imagination. J’ai une lecture un peu obsessionnelle, quand un auteur me séduit je veux tout lire. Edgar Poe, Papa Dumas et Gaston Leroux sont ceux qui m’emmènent avec eux à tous les coups. Je trouve leur langue magnifique. Un long monologue de D’Artagnan et d’Athos dans « Le Vicompte de Bragelonne » me font frémir d’admiration. J’aime les sentiments humains et je trouve Dumas et Leroux simplement grandioses dans ceux qu’ils suscitent : la loyauté et le sens du drame chez Dumas,  le tragique  et l’épouvante chez Leroux. Pourtant je ne me sens pas du tout influencé par ces monstres : on ne joue pas dans la même cour. Je ne pense d’ailleurs pas que l’on puisse donner le même sens au mot écrire pour tous ceux qui s’essayent à l’écriture. Quand j’écris ce sont plus les images que les mots qui me guident, je pense en réalisateur plus qu’en écrivain.

Curieusement mes influences seraient plutôt musicales. Je ne crois pas avoir écrit une seule ligne sans musique. Une de mes plus grandes émotions de lecteur a été d’achever « Le chevalier de Maison Rouge » en écoutant la B.O. de « Léon » d’Eric Serra. Essayez un jour, c’est juste sublime. 

Avez-vous présenté votre manuscrit à des maisons d’édition ? Pourquoi avez-vous choisi TheBookEdition ? Avez-vous préparé une suite ou commencé un tout autre livre ?

Oh que oui !! Quelques retours ont été plus chaleureux que d’autres, notamment de la part de Flammarion, mais aucune maison d’édition n’a retenu ce projet. Petit détail amusant « Post Vitam » s’appelait « Et après… » à l’origine. Hélas le succès de Guillaume Musso avec un roman portant le même titre m’a obligé à en chercher un autre. Mais j’étais finalement assez content du succès de ce livre : au moins le titre était bon.

TheBookEdition c’est l’occasion d’avoir mon livre dans les mains – ce qui doit être un plaisir terrible – et de proposer à mes proches de lire autre chose que 250 feuilles A4 agrafées. Si en plus cela peut permettre à ce roman d’être lu par d’autres personnes que les amis et la famille, alors j’aurais comblé une partie de mes envies. En me renseignant de forum en forum, il est apparu assez net que TheBookEdition était à la fois le plus sérieux et le mieux abouti au niveau de la qualité de publication et le plus riche au niveau des services proposés.

Quant à une suite, je n’en ai pas du tout envie. D’une part parce que j’ai passé de bons moments avec mes personnages et que je tiens à ce que nous restions en bons termes. D’autre part, je ne voudrais pas ouvrir les portes que j’ai volontairement laissées closes. Les portes closes me fascinent, il n’y a rien de tel pour stimuler  mon imagination. Dans un décor de théâtre ou dans un vieux château elles m’emmènent beaucoup plus loin que les portes ouvertes. Pas vous ? 

Oui Christophe, nous aussi on aime les portes closes, surtout quand un auteur comme vous nous les entr’ouvre. Merci , et bonne chance à « Post Vitam »

 Annie DAVID

TheBookEdition.com

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5 réflexions au sujet de « Christophe Luquiau, oiseau de nuit : “Post Vitam” »

  1. Paolo

    Bonjour M. Luquiau,

    J’ai calculé le prix du livre avec l’outil du site: format de poche 11×17 pour 248 pages N&B: € 9,04
    Vous vendez à € 10 ! Est cela possible ?
    Je suis auteur et je cherche un site comme celui-ci pour m’auto-éditer, mais le prix du livre est trop cher.
    Pouvez vous me donner quelque conseil, sur la base de votre expérience de publication sur ce site ? Enfin, est-ce que c’est un minimum rentable de vendre à €10 ce que vous payez €9,04 ?
    Merci de votre suggestions

    Salutations,
    M Paolo Ammaniti

    Répondre
  2. Armelle Carbonel

    Au-delà de la réflexion apportée sur ce livre, je découvre un auteur qui me touche et à qui je souhaite tout le succès qu’il mérite. Merci à TBE qui s’inscrit là comme un dénicheur de talent, et non plus seulement comme une plateforme d’impression à la demande.
    Armelle

    Répondre
  3. Christophe Luquiau

    C’est ballot, je viens seulement de m’apercevoir qu’il y avait des commentaires ici.

    Alors très en retard (je ne sais même pas si cela sera lu du coup), merci beaucoup de vos encouragement Armelle et Chantal, vos paroles me touchent énormément… et bon Noël à vous aussi ;o) .

    Paolo pour vous répondre, je n’ai qu’une toute petite marge car mon but n’est pas de gagner de l’argent, mais juste d’être lu le plus possible. Si jamais cela devait fonctionner un jour (ce dont je doute au vu de la faible évolution des ventes jusqu’ici) il serait toujours possible d’en changer le prix.

    Désolé encore de ce retard.

    Christophe.

    Répondre
  4. amanuel

    bonjour je suis un élève de licée en ethiopia je voulé juste que votre livre ma beaucoup plu je croix que voux etes le melleur auteur de france

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