L’INCIPIT…

Posté le 4 octobre 2012, dans la rubrique FICHES PRATIQUES

La clé du roman est sous le paillasson !

Comment débuter brillamment un roman ? Peut-on écrire un roman à partir d’une phrase, la première ? Pourquoi l’incipit est-il si important ?

Commençons par le commencement : l’incipit. C’est la première phrase d’un livre, celle qui peut inciter le chaland-lecteur à s’arrêter pour en savoir plus. Une phrase pleine, déjà, du mystère du livre, excitante, personnelle, marquante.

Exemples :
1- « Longtemps je me suis couché de bonne heure. » (Marcel PROUST, « Du côté de chez Swann »)
2- « La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. » (Louis ARAGON, « Aurélien »)
3-« Je ne sais pas trop par où commencer. » (Paul CLAUDEL, « les âmes grises »
ou
4- « J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. » (Paul NIZAN, « Aden Arabie »
ou celle-ci, 4- « J’ai possédé une ferme en Afrique au pied du Ngong. »
ou
5- « L’œil, d’abord, glisserait sur la moquette grise d’un long corridor, haut et étroit. Les murs seraient des placards de bois clair, dont les ferrures de cuivre luiraient. » (Georges Pérec, « Les choses »
ou encore
6- « Avançons dans la genèse de mes prétentions. » (« Vies minuscules », chef d’œuvre de Pierre Michon. )
Vous voyez, il sait faire court pour accrocher ! Commencer une biographie comme un prince pour évoquer les vies de grande pauvreté matérielle et affective dans un coin de la Creuse… Ce livre est un chef d’œuvre, on le trouve en poche. Courez l’acheter.

Rien que dans cette dernière phrase, « Avançons… » : nous sommes avec Pierre Michon , nous avons déjà échangé sur le sujet, il nous invite à aller plus loin. « dans la genèse de mes prétentions . » Bigre ! On a déjà une appréciation sur le caractère de notre compagnon de route. Prétentieux ? A moins qu’il ne revendique un héritage ? Michon nous a déjà assez titillés. Allons-nous le haïr ? D’abord, il faudra le lire.

Nous aussi, nous avons des prétentions. Jouons avec les incipits. Deux types d’exercices aujourd’hui.

A) Ecrire la suite. Utilisez un vers extrait d’un poème de Victor Hugo qui débuterait un livre. Ecrivez trois phrases à la suite de ce vers, qui donnent envie de connaître la suite. Choisissez parmi :
« Aimez-vous ! C’est le mois où les fraises sont mûres. »
ou « Que dit-il, le brin d’herbe ? Et que répond la tombe ? »
ou « Dieu veut qu’on ait aimé. Vivez ! Faites envie… »

(vers extraits du poème « Crépuscule », in « les contemplations » de Victor Hugo)

Attention, certains d’entre vous usent de force citations avant de commencer leur ouvrage, ce qui est au demeurant très risqué. Là il s’agit de s’aider de la substance du vers pour débuter le livre.

B) Imaginez un incipit pour un roman en partant du tableau:
« Le cri » de Munch ou « Réunion de famille» de Frédéric BAZILLE ou « La naissance de Vénus » de Boticelli

Vous pouvez nous présenter le résultat de votre cogitation en commentaires sous cet article. J’attends vos productions avec impatience ;)

Annie DAVID
Reproduction interdite sans autorisation de The BookEdition.com

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12 réflexions au sujet de « L’INCIPIT… »

  1. Alain Broueil

    Pour le cri, je propose : “Aline ne reviendra pas”.

    Pour la naissance de Vénus je propose : “Les coquillages sont amers et la mer n’en finit pas de me surprendre”.

    Pour la réunion de famille, je propose ce qui est déjà l’incipit d’un de mes textes : “France, terre d’asile d’aliénés”.

    Plus difficile, je vous propose de réaliser un tableau illustrant cet incipit d’une de mes nouvelles : “Je pense à Claude et son poème étrange d’une femme disparaissant dans le rétroviseur”.

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  2. Alain Broueil

    « Aimez-vous ! C’est le mois où les fraises sont mûres. »
    Il suspendit la voix après ce tour de force et on eût dit qu’une foudre silencieuse s’était abattue dans la nef. Le prêtre et les paroissiens se défièrent du regard, lui scrutant les rangs de sa position surplombante. Il les provoqua d’un sourire, et reprit son sermon sur la phrase où il l’avait arrêtée.

    « Que dit-il, le brin d’herbe ? Et que répond la tombe ? »
    « Ouvre-toi, tombe, laisse entrer le soleil, et que je goûte à la terre fertilisée par ce corps que tu détiens. » Mais la tombe est muette par vocation et d’humeur impassible. Des prières, elle en a entendu d’autres.

    « Dieu veut qu’on ait aimé. Vivez ! Faites envie… »
    Il tourna trois fois la phrase avec chaque fois une intonation différente, et conclut : « Je pense que vous n’avez pas tout compris. L’amour est le mot-clef d’une campagne pour la contraception, mais à condition de bien différencier avec l’incitation à la débauche, et de ne surtout pas invoquer Dieu. »

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  3. Adèle

    Réunion de famille :

    « Jusqu’à ce jour, je n’avais jamais remarqué que ma tante et mes deux cousines étaient toujours vêtues de bleu lors des repas familiaux. Je m’interrogeais sur cette habitude que je jugeais très conventionnelle lorsque la dispute éclata. »

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  4. Michel Gros Dumaine

    « Longtemps, je me suis levé de bonne heure. Chaque matin, je regardais avec inquiétude le chemin de la journée nouvelle, vidé par la nuit de ses traces d’embûches et de ses passants pressés. » in Une coupable attention TheBookEditon

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  5. Georges VIGREUX

    Incipit pour le cri : 22h34…

    Il ne restait plus beaucoup de temps pour profiter des 4 jours fantastiques et de leur remise exceptionnelle. Vite, il devait encore modifier le prix du livre, retoucher un paragraphe mal aligné… Il se mit à jongler à toute vitesse avec ses logiciels, maudissant le temps qui s’écoulait inexorablement. Enfin, après avoir dû aussi retoucher la couverture, puis la sortir en JPG et enfin l’envoyer sur TheBookEdition, il put finaliser sa commande. Mais, lorsqu’il arriva sur la page qui aurait normalement dû lui proposer la remise exceptionnelle, un message l’informa que ses modifications devaient d’abord être validées. Alors, le cri jaillit !

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  6. ozaneaux

    Pour « Dieu veut qu’on ait aimé… »
    Vivez l’amour fou! Pas la tendresse, pas le train-train, mais le transport amoureux qui donne des ailes, le désir fou qui fait trembler, la passion qui vous transforme et donne l’extase, qui fait toucher le ciel ou tout est miel et volupté! On ne peut pas mourir sans savoir!
    Puis pour  » la naissance de Vénus »
    Ce manteau de cheveux blonds vénitiens, aériens sous le souffle de zéphyr, m’éblouit et m’attire comme un aimant! Tout le talent de l’orfèvre du Quattrocento est dans ce visage ciselé, encadré de cette prodigieuse parure qui donne une grâce infinie à ce corps glorifiant la bonté divine et qui se livre mais avec pudeur. Embarquement pour Cythère ?

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  7. natchan

    Pour le cri : « je ne l’avais pas reconnu sur le coup. le pan obscurci de ma vie de « demoiselle » redevint net : j’y étais à nouveau. Comment peut-on s’abandonner si facilement ? »

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  8. johanna DAVY

    Pour  » le cri »
    Un écho résonna dans la grotte lugubre, un frisson parcouru ma colonne vertébrale, je sursautais , quel était ce son ? cette onde ? quand je le vis « lui » après une marche au souffle coupé, je compris sa douleur et qu’il avait crié de peur, de froid et de souffrance…

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